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 la "reco" française avait vu les panzer dans les A

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LeHomard
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MessageSujet: la "reco" française avait vu les panzer dans les A   Mer 25 Jan à 20:02

12 mai 1940 : la "reco" française avait vu les panzer dans les Ardennes

par Jean-Robert Gorce


Au printemps 1940, à la suite de la réorganisation de l’Armée de l’air intervenue en février, le général Vuillemin a sous son commandement les Forces aériennes dites " réservées ". Elles sont regroupées en trois Divisions aériennes, disposant pour chacune d’entre elles d’un Groupe de reconnaissance stratégique et de plusieurs Groupes de chasse et de bombardement.
Au moment où débute l’offensive allemande, le Groupe de Reconnaissance Stratégique II/33 a été placé sous la coupe de la 1e Division aérienne du général Escudier, qui opère pour le compte de la Zone d’opérations aérienne Nord, commandée par le général d’Astier de la Vigerie. Il est stationné sur le terrain d’Athies-sous-Laon, à quelques kilomètres au nord-est de Laon ; le commandant Alias en a reçu le commandement. La zone d’action qui lui est dévolue s’étend à l’avant des Ie et IXe Armées françaises. Elle couvre les Ardennes et la plaine belge, de Namur à Bruxelles.
La mission donnée au G.R. II/33, le 10 mai 1940, consiste d’une part à déterminer les axes de progression de la Wehrmacht, évaluer le volume et la nature des forces engagées, d’autre part, à effectuer des missions de reconnaissance stratégiques à haute altitude sur les arrières de l’ennemi.
Engagé depuis la déclaration de guerre en septembre 1939, le G.R. II/33 a déjà perdu plusieurs équipages qui n’ont pas été remplacés. D’autres absences, dues à la maladie ou aux permissions aggravent encore cette situation. Une partie des équipages est également retenue par la transformation de l’unité, qui doit bientôt échanger ses Potez 637 par des Bloch 174 flambant neufs. Le tableau d’effectif du groupe n’est donc pas très reluisant en ce 10 mai 1940 et il va falloir que les équipages disponibles effectuent parfois plusieurs missions dans la même journée pour parvenir à faire face aux demandes de renseignements des états-majors... états-majors qui, d’ailleurs, nous allons le voir, ferons bien peu de cas des informations ramenées souvent au péril de leurs vie par les équipages des formations de reconnaissance.
Pourtant, malgré ces conditions précaires, l’efficacité des camarades d’Antoine de Saint-Exupéry sera à la hauteur de la réputation de l’aviation de reconnaissance française et, par deux fois, dans les premières heures de l’offensive allemande, des renseignements de la plus haute importance vont être ramenés.


Nuit du 11 au 12 mai : des colonnes de véhicules dans les Ardennes


La première de ces missions se déroule au cours de la nuit du 11 au 12 mai 1940. Le lieutenant Gavoille – pilote –, le capitaine Andréva – observateur – et le sergent-chef Antoine – mitrailleur – décollent ce soir là, à 21 heures 35, sur le Potez 63-11 n° 189, pour un vol de reconnaissance à moyenne altitude, sur l’itinéraire Givet – Saint-Hubert – Saint-With – Euskirchen – Malmédy – Dinant.
Après une quarantaine de minutes de vols sans histoire, en arrivant dans le cœur de la forêt des Ardennes, l’équipage a soudain la surprise de découvrir de longues files de véhicules, roulant tous feux allumés. Aucun doute n’est alors permis : ces colonnes s’étendent à perte de vue, elles viennent de l’est, de l’Allemagne et se dirigent à " marche forcée " vers la Meuse. A posteriori et en recoupant les parcours de l’avion français et des troupes allemandes, on arrive à la conclusion qu’Andréva et ses coéquipiers viennent de repérer les 5. et 7. Panzer-Divisionen des généraux von Hartlieb et Rommel qui, le lendemain, commenceront la traversée de la Meuse à Dinant.
De retour à Athies à 23 heures 30, l’équipage effectue immédiatement son rapport au commandant Alias qui, comme à son habitude, fait transmettre les renseignements recueillis au PC de la 1re division aérienne par une estafette légère. On peut noter ici une première faille ; en effet, une information aussi capitale que celle que viennent de délivrer les trois aviateurs aurait due être transmise immédiatement et par le moyen le plus rapide aux forces terrestres directement concernées. Dans ce cas, la IXe armée du général Corap qui dans le cadre de la manœuvre Dyle, envoie son 11e corps d’armée prendre position sur la Meuse de Dinant. Au lieu de cela, le renseignement va suivre un long et laborieux circuit administratif, avant de parvenir à un officier subalterne du 2e bureau de Corap, qui ne saura pas discerner toute l’urgence et la gravité de la situation. Mais l’exploitaion de la mission de reconnaisance du lendemain sera encore plus édifiante…


12 mai 1940 : le désespoir du lieutenant Chéry

Au matin du 12 mai, troisième jour de l’offensive allemande, la météo est excellente. Sous un soleil radieux, le Potez 637 n°48, décolle d’Athies à 8 heures 35 pour une reconnaissance à vue en très basse altitude sur un itinéraire Chimay – Dinant – Vallée de la Liesse – Rochefort – Marche – Givet – Fumay – Monthermé. A son bord, l’équipage est composé de l’Adjudant Favret – pilote –, du lieutenant Chéry – observateur – et du sergent Escame – mitrailleur. Ce dernier raconte cette mission : " […] Sitôt décollé, l’avion file à tombeau ouvert, le cap sur la ville belge de Chimay. Au loin, le massif boisé de Chimay se distingue. Un Morane 406 écrasé au sol nous laisse supposer l’ardeur de la lutte.
Nous survolons la gare de Marienbourg, bombardée la veille. Bâtiments en ruine, ferrailles tordues, rails arrachés, rames de wagons brûlés offrent le spectacle le plus complet de la désolation. Sur la route de Philippeville à Dinant la cohorte des réfugiés, femmes, enfants, vieillards fuit craintivement devant l’envahisseur. A notre vue ces pauvres gens se précipitent dans les fossés logeant la route, les chevaux affolés par les bruits des moteurs se cabrent.
La vallée de la Liesse s’offre à nos yeux et nous l’explorons jusqu’à Rochefort qui surgit tout à coup devant nous. Nous reprenons un peu de hauteur, vite un tour d’horizon. Au loin, un nuage de poussière : sans doute des colonnes motorisées en marche.
Françaises ou allemandes ? Très vite nous sommes sur place et je vois avec stupeur l’uniforme feldgrau. Déjà des éléments avancés d’une Panzer-Division ! Plus loin des motocyclistes suivis par des voitures légères, le gros de la troupe n’est pas loin. Soudain passent des gerbes de balles traçantes, à droite et à gauche de l’avion. Le pilote manœuvre sans arrêt, mais le feu se fait plus dense et un véritable tir de barrage éclate. Sous nos yeux c’est un défilé de voitures tout terrain, de chars légers et lourds, tout l’arsenal d’une division blindée, puis des motocyclistes et encore des voitures transportant des troupes d’infanterie motorisée.
Dans un champ, des équipages attendent auprès de Henschel d’observation l’ordre du décollage. Cependant la mission n’est pas terminée, nous repartons cap à l’est, toujours en rase-motte, vers la Meuse. Partout des traces de lutte, des arbres mutilés, des treillis hachés, des ruines et des décombres.
A l’horizon par trois-quart avant, à gauche un point noir attire notre attention et nous nous préparons au pire, c’est-à-dire quelques Messerschmitt 109. Mais le ciel ne nous gratifie que d’un Henschel 126, adversaire infiniment moins dangereux… surtout pour un appareil désarmé ; en effet, le pilote a brûlé toutes ses munitions lors de l’attaque de Rochefort.
Sur la route de Libramont, des colonnes de poussière indiquent de nouveau la présence de l’ennemi. C’est encore une Panzer-Division. Déjà les mitrailleuses crachent le feu, les balles sifflent autours de nous. Le pilote amorce un virage en épingle à cheveux pour nous dégager mais l’artillerie s’en mêle et nous avançons en silence au milieu des éclats. Un choc brusque dans le plan ; nous sommes touchés. Sous le bord d’attaque s’ouvre une déchirure béante. Réservoir et tuyauterie d’huile crevés. Il faut rentrer.
Toujours des routes encombrées de réfugiés auxquels se mêlent des éléments de l’armée belge. Un détachement de cavalerie française est en route vers l’est ; d’un battement d’aile le pilote essaye de leur faire comprendre le danger, mais nous recevons en guise de réponse des signes d’amitié.
C’est extraordinaire comme le temps peut paraître long. Enfin, au loin, se distingue Laon et sa cathédrale. Bientôt nous survolons le terrain d’Athies. En bordure de la route, un Potez 637 stationne déjà, à côté d’une ambulance et une foule compatissante ou curieuse. Nous nous posons. C’est un des nôtres, l’équipage de la 3e escadrille, retour de mission.
J’aperçois l’observateur, le visage baigné de sang, à ses côtés, contraste saisissant, le mitrailleur à déjà cessé de vivre.
Mais le commandant attend nos renseignements. Uns voiture légère est mise à notre disposition et peu après nous dépose au PC du groupe où nous faisons notre compte-rendu. "
Ce long témoignage est sans équivoque. La " reco " française a bien vu la manœuvre allemande et si on effectue le même travail que pour la mission nocturne, on constate que le Potez n°48 a survolé et reconnu successivement les axes de progression des 5. et 7. Panzer-Divisionen qui approchent de Dinant, puis ceux du XLI. Armee Korps (mot.) du général Reinhardt, composé des 6. et 8. Panzer-Divisionen, en route vers Monthermé.
Cette mission est encore plus intéressante que celle de la veille. Tout d’abord parce que s’agissant d’un vol de jour, il a été possible d’identifier formellement le matériel et le type d’unité auxquels on avait affaire, ensuite parce que l’observateur de la mission, le lieutenant Chéry, est un ancien des chars et donc parfaitement apte à ramener un renseignement de qualité. Pourtant…
En entendant le rapport de Chéry, le commandant Alias saisit immédiatement la gravité extrême de la situation. Pour gagner du temps et contrairement à la nuit précédente, il téléphone directement à l’état-major de la IXe armée, où le chef du 2e bureau, le commandant Osteing se trouve être un de ses anciens camarades de lycée. Devant l’incrédulité de son interlocuteur, Alias décide de passer le combiné à Chéry afin qu’il s’explique directement. L’observateur raconte la conversation : " Quand j’ai insisté sur le fait qu’ils traversaient les Ardennes avec leurs chars, l’officier de l’état-major d’une voix qui devenait de plus en plus ironique au fur et à mesure que l’entretien se prolongeait, m’a demandé si je savais vraiment reconnaître les engins blindés et, sur la description de leurs caractéristiques techniques, m’a dit… et de quelle altitude avez-vous pu voir tout cela ? Alors la colère m’a pris " A moins de vingt mètres et je suis le lieutenant Chéry, officier de chars ". Eh bien, malgré cela, je pense que mon correspondant m’a pris pour un aimable fumiste… c’est grave ! " C’est en effet très grave et la légèreté dont a fait preuve Osteing en cette circonstance est tout à fait indigne du responsable du renseignement dans une armée en guerre.
Le lieutenant Chéry consignera l’incident dans un rapport très précis, dont l’exemplaire original, écrit de sa main est toujours conservé dans les archives du 2e bureau de la IXe armée. La conclusion de ce rapport dit ceci : " Impression d’ensemble : l’ennemi progresse avec des divisions blindées en Ardenne, il ne rencontre aucune résistance. Les renseignements ci-dessus sont téléphonés immédiatement à la IXe armée où ils sont accueillis avec une incrédulité totale. Malgré des " explications " fort vives entre l’observateur (officier de chars) et le correspondant de l’armée, il ne semble pas que l’on soit arrivé à convaincre cet état-major du passage de divisions blindées à travers les Ardennes. " Ce dernier paragraphe montre toute la colère et l’amertume de Chéry devant cette réaction d’incrédulité de la IXe armée, alors qu’il sait, lui, que dans quelques heures elle va subir le choc de la masse des Panzer-Divisionen…



D’autres sources confirment…

Bien sûr on peut évoquer le problème posé par l’incapacité des avions de reconnaissance français à effectuer des prises de vues photographiques lors des missions en très basse altitude. Il faut en effet lors de ce type de mission, se fier entièrement au témoignage de l’observateur et lorsque celui-ci, comme Chéry le 12 mai, vient contredire des principes stratégiques érigés en dogme…
Encore n’est-il pas certain que des clichés auraient réussi à convaincre les officiers d’état-major. En effet, le même jour, une mission de reconnaissance en moyenne altitude, effectuée en fin de matinée par un Potez 63/11 du groupe de reconnaisance II/22, au profit de la IIe armée va ramener la preuve irréfutable du franchissement de la Semoy à Bouillon par les panzers de Guderian. Sur ces clichés, on distingue très nettement les files de véhicules, massés dans les rues des quartiers nord de Bouillon et attendant leur tour pour franchir le fleuve et descendre ensuite vers Sedan, avec les conséquences que l’on sait… Bien sur, l’équipage du II/22, malgré les vues aériennes ramenées, va se heurter à la même incrédulité que le malheureux Chéry.
Cela est d’autant plus navrant que les engagements dans les Ardennes des divisions de cavalerie française viennent corroborer les renseignements de l’aviation. Mais évidemment, dans ce secteur, les chars allemands ne peuvent appartenir qu’à des " éléments de reconnaissance blindés " puisque aucun stratège digne de ce nom n’oserait engager de grosses unités motorisée dans l’épaisse et dense forêt des Ardennes…
Edifiante et navrante attitude de l’état-major... Et pourtant, en cette matinée du 12 mai 1940, la France n’avait pas encore perdu la guerre. En prenant en compte les renseignements ramenés par le G.R. II/33 et les autres unités de renseignement, le Grand Quartier Général allié aurait pu orienter judicieusement l’arrivée des renforts. Les forces alliées auraient peut-être été vaincues, mais pas en six semaines. En pareilles circonstances, le 2e Bureau de la IXe Armée n’avait pas le droit de négliger une source de renseignement de cette importance et de mettre ainsi en doute les capacités d’analyse de l’observateur du G.R. II/33.
Le principe de l’inviolabilité des Ardennes a ôté aux états-majors français toutes ouverture d’esprit et toute faculté d’adaptation à la manœuvre ennemie. Les panzer de la Wehrmacht devaient passer par la plaine belge, donc ils ne pouvaient pas se trouver dans les Ardennes. Cette rigidité intellectuelle va malheureusement coûter à la France quatre des années les plus sombres de son histoire.
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